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Dévoiler que je vis avec l’herpès à mon ou ma partenaire : comment m’y prendre?

Par Carol-Ann Morier

  

Le dévoilement de l’herpès à un ou une partenaire peut être un évènement très stressant. Toutefois, nous croyons que les craintes qui peuvent accompagner le dévoilement ne devraient pas vous empêcher de rencontrer des partenaires et d’avoir une vie sexuelle saine et épanouie. Voici donc quelques conseils qui pourraient vous aider à faire votre dévoilement.

 

1. Déterminer vos limites quand à ce que vous voulez partager avec votre partenaire. Il est important de les déterminer, parce que lors d’un dévoilement, le ou la partenaire pourrait avoir plusieurs questions, dont certaines qui sont intrusives. Vous avez le droit de garder certaines informations concernant votre vécu et votre expérience en lien avec le virus pour vous.

 

2. Vous informer sur le virus. Il est pertinent pour vous de vous informer sur le sujet pour vous-même, mais également pour pouvoir répondre à certaines questions de votre partenaire. Lors d’un dévoilement, il est fort probable de votre partenaire en ait. Cependant, n’hésitez pas à le ou la référez à Info-Herpès si vous n’avez pas les réponses à ses questions ou si vous ne souhaitez pas y répondre. Nous pourrons alors lui donner des informations à jour et fiables sur le virus.

 

3. Identifier un moment et un lieu qui vous rendent à l’aise. Lors d’un dévoilement, il est important que vous vous sentiez le plus à l’aise possible. Vous pouvez donc déterminer un moment lors duquel vous vous sentez à l’aise de le dire (avant une relation sexuelle, le matin ou le soir, etc.). Il serait également pertinent d’identifier un lieu dans lequel vous vous sentez en sécurité pour le dire (chez vous, chez votre partenaire, dans un lieu public, à distance, etc.). Ceci vous permet alors de contrôler le contexte dans lequel vous vous confiez à votre partenaire à ce sujet.

 

4. Dédramatiser le virus. Il est utile de dédramatiser le virus lorsque l’on fait un dévoilement, parce que cela peut aider à rassurer votre partenaire. Pour ce faire, vous pouvez normaliser le virus avec des statistiques sur la prévalence de l’herpès dans la population canadienne. Vous pouvez également choisir les bons mots. Par exemple, vous pouvez utiliser le mot « épisode » au lieu de « crise » et dire « Je suis porteur ou porteuse de l’herpès » au lieu de « J’ai attrapé l’herpès ». En utilisant des mots qui sont moins péjoratifs, vous contribuez à dédramatiser la situation, mais aussi à vous déculpabiliser.

 

5. Nommer et expliquer les méthodes pour prévenir la transmission du virus que vous utilisez à votre partenaire. Il est important de protéger vos partenaires contre une possible transmission. Vous pouvez alors lui expliquer les méthodes que vous utilisez (le condom, un traitement suppressif, l’adaptation des relations sexuelles en fonction des récurrences, etc.). En lui expliquant cela, vous contribuez à le ou la rassurer. Également, ceci permet d’ouvrir la discussion sur les méthodes que vous souhaitez utiliser ensemble.

 

Peu importe comment vous décidez de divulguer à votre partenaire, cela vous appartient. L’important, c’est que vous vous sentiez le plus à l’aise possible. N’hésitez pas à utiliser nos services (brochure, site web, foire aux questions, soutien à distance, etc.) pour vous aider dans votre dévoilement. Nous sommes là pour vous soutenir dans vos démarches!

 

Référence : Info-Herpès (2015). Formation Herpès 101 (5ème version) [Formation]. Montréal : CAPAHC et PVSQ

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Festival de musique de Coachella : mise en garde sur la prétendue hausse des cas d’herpès

Par Ludovick Ouellet-Harvey 

 

Vous avez peut-être entendu parler du festival de musique de Coachella? Dans les derniers jours, plusieurs médias ont couvert l’évènement. Une nouvelle concernant ce festival a attiré notre attention. Il s’agit des articles parlant de la hausse des cas d’herpès dès la première journée de ce festival. 

 

Les informations utilisées par les journalistes sont tirées du site web à potins TMZ et du site web HerpAlert. Le site web HerpAlert est géré par une équipe de médecins qui analysent les photos envoyées par des  personnes inquiètes afin de poser des diagnostics visuels de l’herpès. Selon le site de TMZ, les médecins de HerpAlert font le diagnostic d’environ 12 personnes par jour, mais dès la première journée du festival de Coachella, ce sont des centaines de personnes qui ont fait affaire avec ce site. Au total, ce serait 1105 cas qui ont été rapportés à Indio, dans le désert de Palm Springs, dans la vallée de Coachella, à Los Angeles et à San Diego. Il s’agit des endroits où la plupart des festivaliers résident pendant cet évènement musical.

 

Maintenant que nous vous avons présenté la version rapportée par les médias, parlons des faits et des éléments à garder en tête lorsque nous lisons cette nouvelle. Tout d’abord, il existe deux types d’herpès. Le type 1, souvent appelé “feux sauvages”, se retrouve principalement autour de la bouche, mais peut aussi se retrouver au niveau des parties génitales. Le type 2, quant à lui, se retrouve presque exclusivement au niveau génital et très rarement à la bouche. Il faut souligner qu’en 2017, l’Organisation mondiale de la Santé estimait que 67 % de la population mondiale de moins de 50 ans était porteuse de l’herpès de type 1 et qu’11 % des personnes de moins de 50 ans étaient porteuses de l’herpès de type 2. Cela représente une proportion importante de la population. Il faut aussi savoir que des personnes peuvent être porteuses du virus sans le savoir. 

 

Ensuite, deux informations très importantes ont été mises de côté dans ces articles. Premièrement, le diagnostic visuel de l’herpès n’est pas dans les lignes directrices canadiennes du dépistage. Cette méthode ne permet pas d’identifier le type d’herpès. Actuellement, les deux seules manières reconnues pour dépister l’herpès sont par un prélèvement au niveau des lésions (bouton) ou par une prise de sang pour aller détecter les anticorps. Les données qui sont utilisées pour parler « d’explosion de cas d’herpès » proviennent d’un site Web qui effectue des diagnostics visuels à partir de photographie. Bien que nous reconnaissons l’esprit d’initiative et l’expertise de ces médecins, le diagnostic visuel n’est pas recommandé au Canada. Les données présentées sont donc à prendre avec un grain de sel. 

 

Deuxièmement, il est important de parler de la période d’incubation. Cette période est le moment entre la transmission du virus et l’apparition des premiers symptômes. Pour l’herpès, la période d’incubation est d’environ 6 jours. Il n’est pas possible que, dès la première journée, des personnes attrapent le virus et développent immédiatement des symptômes. Ceux et celles qui ont eu des symptômes et qui portent réellement le virus l’avaient bien avant le festival. De plus, les premiers symptômes ne signifient pas que c’est à ce moment que l’herpès a été transmis. Une personne peut être porteuse pendant plusieurs mois ou plusieurs années sans qu’il y ait de symptômes. Certains facteurs peuvent favoriser les récurrences, comme la fatigue, l’alimentation, le stress, l’exposition prolongée au soleil ou tout autre facteur qui affaiblit le système immunitaire. Dans un contexte de festival situé dans le désert, plusieurs de ces éléments peuvent être présents.

 

Enfin, on parle d’environ 1105 cas rapportés. Toutefois, il n’est pas précisé s’il s’agit de diagnostics officiels, qui devraient être confirmés par prise de sang ou par prélèvement, ou s’il s’agit simplement du nombre de demandes de personnes inquiètes sur HerpAlert. Il est important de se rappeler que l’herpès n’est pas un virus dangereux pour la santé. Il cause des boutons (appelés « feux sauvages » lorsqu’ils sont sur la bouche) inconfortables et douloureux, mais ils n’engendrent pas de maladies chroniques ou de problèmes de santé. C’est une des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) les plus répandues et tout le monde sera, à un moment ou un autre de sa vie, en contact avec le virus. 

 

Lorsqu’il est question de l’herpès, la stigmatisation associée à ce virus fait souvent plus mal que l’infection elle-même. La publication d’articles sensationnalistes vient renforcer cette stigmatisation tout en propageant des mythes concernant l’herpès. Un soucis fréquemment mentionné par les personnes qui contactent le Projet Info-Herpès est de protéger les autres de ce virus. Or ce type d’article peut augmenter le sentiment de culpabilité de vivre avec le virus et la peur d’entrer en relation avec autrui. Environ 67% de la population mondiale est porteuse de l’herpès de type 1 et 11% du type 2. C’est donc un nombre important de personnes qui peuvent vivre de la discrimination lorsque de tels propos sont véhiculés dans les médias. C’est pourquoi il est important de demeurer critique lorsque vous lisez ce genre de nouvelles. 

 

Bibliographie

Agence de santé publique du Canada. (2016). Lignes directrices canadiennes sur les infections transmissibles sexuellement. Section 5 : Prise en charge et traitement d’infections. Infections génitales au virus Herpès simplex (VHS). Repéré à https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies-infectieuses/sante-sexuelle-infections-transmissibles-sexuellement/lignes-directrices-canadiennes/infections-transmissibles-sexuellement/lignes-directrices-canadiennes-infections-transmissibles-sexuellement-32.html

Organisation mondiale de la Santé. (2017). Herpès (virus de l’herpès). Repéré à https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/herpes-simplex-virus

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L’herpès cause-t-il vraiment la maladie de l’Alzheimer?

Par Ludovick Ouellet-Harvey 

 

Depuis quelques années seulement, les chercheurs ont observé un lien entre l’herpès de type 1 et la maladie d’Alzheimer. Selon le site Web de la Société Alzheimer Canada, l’Alzheimer est « une maladie irréversible qui détruit les cellules du cerveau et cause des troubles de la pensée et de la mémoire. La maladie d’Alzheimer ne fait pas partie du processus normal de vieillissement » (Société Alzheimer Canada, 2018). Dans cet article, vous trouverez les résultats de recherches qui ont été très récemment publiés.

 

Résultats

 

Un lien a été démontré entre l’herpès de type 1 et la maladie d’Alzheimer. Selon les chercheurs, le virus se déplacerait dans le cerveau où il tomberait en dormance (il serait inactif). Avec l’avancée en âge, le virus se réactiverait et causerait des dommages au cerveau. L’accumulation de ces dommages mènerait à l’éventuel développement de l’Alzheimer.

 

Cette théorie a été développée puisque l’ADN de l’herpès de type 1 a été retrouvé spécifiquement dans les plaques causant l’Alzheimer chez certains patients ayant développé la maladie. Après des études plus approfondies, il a été déterminé que la présence de l’herpès de type 1 ET d’une mutation génétique (APOE4) qui augmente les probabilités de développer l’Alzheimer. Une personne infectée par l’herpès de type 1 a, au bout de 10 ans, un risque 2,5 fois plus élevé de développer une démence.

 

À la suite à ces observations, les chercheurs ont exploré l’effet des traitements antiviraux de l’herpès sur le développement de la maladie. Une étude démontre que les cas d’Alzheimer sont 2 fois plus nombreux chez les patients qui ne prennent pas d’antiviraux (Itzhaki, 2018). Au cours d’une autre étude, les chercheurs ont observé que, chez les patients infectés à l’herpès de type 1, 28 % des patients non traités avaient développé une maladie neurodégénérative à la fin de leur étude contre 5,8 % des patients qui prenaient des antiviraux (Richeux et Anderson, 2018). Une autre étude a exploré l’effet de protection du traitement. Les chercheurs ont observé que l’effet de protection des antiviraux est plus grand lorsque le traitement est pris plus longtemps. Ils comparent la prise de médicamentation pendant plus de 30 jours et de moins de 30 jours. Selon eux, dans les deux cas, l’effet est remarquable, mais ils ne comprennent pas encore le mécanisme d’actions des antiviraux. Pour espérer un effet du traitement antiviral de l’herpès sur le développement de l’Alzheimer, les auteurs suggèrent que le traitement soit pris avant 50 ans. Ils suggèrent aussi de cibler les personnes plus à risque, comme celles ayant la mutation génétique APOE4 (Itzhaki, 2018).

 

Éléments importants à prendre en considération 

 

Je vous rassure, concernant les recherches sur l’impact de l’herpès de type 1 sur le développement de l’Alzheimer, bien que le lien soit de plus en plus pris au sérieux, les recherches n’en sont qu’à leurs débuts. Certains éléments doivent être pris en compte lors de la lecture de ces résultats.

 

L’élément le plus important est que le lien entre l’herpès de type 1 et l’Alzheimer est démontré et appuyé scientifiquement, mais le lien de cause à effet, lui, n’est pas encore démontré. Il est donc possible de voir une association entre les deux, mais il n’a pas encore été démontré que l’herpès de type 1 cause ou déclenche le développement de l’Alzheimer. De plus, il n’est pas démontré que le virus de l’herpès cause à lui seul l’Alzheimer. En effet, les résultats indiquent que l’herpès ET la mutation génétique (APOE4) augmentent les probabilités de développer la maladie.

 

Un autre élément qui n’est pas expliqué dans les études est la manière dont le virus voyage jusqu’au cerveau. De manière générale, le virus s’installe à un endroit où il reste. Les études n’expliquent pas comment se déroule la migration vers le cerveau. 

 

Un autre élément très important à considérer lors de la lecture de ces études est le virus en soi. Le virus de l’herpès fait partie de la famille des virus herpétiques comportant 8 virus (dont la varicelle/zona, la mononucléose, la roséole, etc.). Certaines études font le lien entre les virus herpétiques et l’Alzheimer, mais ne précisent pas de quel type il s’agit. Une partie des recherches est faite sur le zona (virus de l’herpès de type 3) et non de l’herpès de type 1 (présent au niveau buccal et génital). Les recherches actuelles sont faites sur des cas graves et rares d’herpès de type 1 (au niveau de la bouche ou des parties génitales) et de zona. La recherche qui étudie spécifiquement le lien entre l’herpès de type 1 et l’Alzheimer est réalisée sur une population âgée de plus de 50 ans qui ont récemment reçu un diagnostic d’herpès.

 

Enfin, il n’y a aucun résultat démontrant l’effet des traitements antiviraux sur les personnes porteuses du virus depuis plusieurs années. Les études sont réalisées sur des personnes dans la cinquantaine nouvellement porteuse du virus.

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